Kiyémis, « À nos humanités révoltées » | Poèmes solaires

Un petit billet pour un gros coup de cœur.

Kiyémis a un blog, que je te laisse découvrir ici. Elle se définit notamment comme militante afroféministe, mais pour une présentation plus complète, je te renvoie à ce lien. J’ai eu la chance de la rencontrer lors d’une expérience professionnelle l’an dernier, et c’est à cette occasion que j’ai lu son recueil de poésie intitulé « À nos humanités révoltées ». Moi qui lis peu de poèmes, et presque pas de poèmes contemporains, j’ai été bouleversé.

Je ne sais pas ce qui me plaît tant dans la poésie de Kiyémis. Peut-être déjà la réflexion qu’elle porte sur la langue, sur la notion de « francophonie » (aussi ambivalent et critiquable que soit ce terme), sur les phrases que prononcent nos parents, grand-parents et ancêtres et dont le sens a été perdu. Ne restent alors que les sonorités (mais pas toujours) et surtout des émotions.

Nmogobi feuhr akew ni Noor
J’ai oublié,
Je n’ai jamais su.

Frontière auditive et sonore
Qui me sépare d’un territoire si lointain
Tâtonnant du bout des lèvres, la langue est raide
J’essaie de tracer tant bien que mal un chemin

La question de l’héritage est partout dans le recueil. Héritage théorique et littéraire d’abord, puisque la poétesse a lu Audrey Lorde, a lu bell hooks, a lu beaucoup d’autres. La question de l’afroféminisme est prégnante. Héritage familiale ensuite, avec l’évocation de l’afrodescendance et des prises de position politiques que cela implique. Comment se situer dans une histoire familiale si importante et pourtant qui nous échappe déjà en partie ? Les poèmes traitent aussi du colonialisme. Le poids d’une autre Histoire. De l’identité aussi, de ce qui nous constitue, des choix qu’on nous impose mais que l’on refuse. Ou qu’on essaie de refuser.

Parfois, on y trouve de l’écriture inclusive. C’est la première fois que j’en vois dans de la poésie, et ça ne gâche rien.

Ne plus se taire, chuchoter.
Ne plus chuchoter, demander.
Ne plus demander, réclamer.
Ne plus réclamer, créer.

C’est de la poésie qui flamboie. En tout cas je l’ai perçue de cette façon : incandescente. Un feu dont les étincelles sont la colère, mais qui a pour finalité des utopies. L’optimisme, dans ces poèmes, n’est jamais loin. Ils font du bien au cœur et nous incitent à ne pas oublier, à ne pas renier nos indignations. Kiyémis s’exprime. Ce faisant, elle invite lectrices et lecteurs à sortir du silence dans lequel le racisme, le sexisme, le classisme et les autres oppressions les astreignent.

Diasporante, l’habituée de la croisée des chemins,
Tirera de ses voyages le gain
De la fierté retrouvée.
La figure des ancêtres guidera sa main.

Diasporante, savoure ces instants d’éternité
Où tu n’es pas vue comme une étrangère…
Incarnation vivante de récits croisés,
Déconstruis la Nation barbelée.

Si tu veux en savoir plus sur Kiyémis et sur son travail poétique, tu peux lire cette interview ou encore cette très belle chronique. Bien sûr, je te conseille de te régaler de sa poésie en achetant son recueil. Mais attention : les éditions Métagraphes, qui ont permis la publication de ce livre, n’existent plus. Il risque donc d’être rapidement en rupture de stock. Second avertissement : une fois lus, les poèmes pourraient bien s’incruster dans ton cœur, dans tes rêves et dans tes colères, y créant de nouveaux méandres…

Citation 1 : « Nmogobi feuhr akew ni Noor »
Citation 2 : « Donner son temps, plus jamais »
Citation 3 : « La Diasporante »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s